page suivante

 

Randonnée sur le Westweg

Schwarzwald

23 mai au 2 juin 2023

 

La Forêt Noire allemande, cette immensité végétale qui s'étire à perte de vue, n'est pas un simple paysage, c'est une symphonie de vert profond qui se déploie à l'infini, une ode à la nature sauvage, une étreinte de la terre et du ciel.

 

 

Les arbres se dressent comme des géants fatigués, leurs troncs rugueux semblent avoir absorbé les siècles passés. Le sol est moelleux et son tapis d'aiguille vous offrira toujours un bon endroit où poser votre tente pour une nuit sans étoiles.

 


Un bivouac à l'écart des chemins.

 

Nombre de contes et légendes sont nés dans l'obscurité de cet univers de sapins. Hansel et Gretel peuvent surgir à chaque détour du chemin et les fées virevoltent dans les rayons du soleil pour ceux qui savent les apercevoir. A moins que ce ne soit une sorcière qui vient s'abreuvoir dans l'eau fraiche d'une fontaine...

 

 

 

Mais la Forêt Noire d'aujourd'hui ne ressemble plus beaucoup à celle où les "wanderers" sont venus se perdre au XIXème siècle, tournant le dos au nouveau monde qui était en train de naître. Maintenant, tout est balisé, des cabanes offrent le gite au randonneur, des auberges servent de la bière et des saucisses aux touristes venus en famille passer le weekend. La Schwarzwald est devenue un spot très fréquenté... ne venez pas chercher ici la solitude !

Si par hasard, l'envie vous prend de passer la nuit dans une de ces cabanes, faudra patienter jusqu'au soir que les promeneurs aient quitté les lieux...

 



Et puis, il y a les autres... ceux qui ont préféré le mode bivouac, "les clochards célestes" du Westweg. On n'est pas nombreux mais on se reconnait tout de suite : un gros sac, la dégaine un peu titubante, hirsute et dépenaillé bien que certains arrivent malgré tout à soigner leur apparence.

 

 

A côté de nous, on voit les autres qui sortent le matin des auberges, en knickers, propres et frais lavés, ne sentant pas la vieille sueur accumulée au fil des jours. C'est la réflexion que je me suis faite un matin, à 8 heures, en m'arrêtant prendre un café à l'auberge de Untersmatt. J'avais déjà une bonne heure de marche dans les pattes et eux descendaient de leurs chambres, pimpants et glorieux. Et les weekends, c'est encore une autre faune. Comme à Mummelsee où c'est au tour des motards de parader, tout harnachés dans leurs combinaisons de cuir. Ils voyagent en bande, pas peu fiers de jouer les chevaliers des temps modernes, le bandana autour de la tête.

 

 

Deux rencontres parmi d'autres...

Après Ruhestein, un jeune allemand sympa me rattrape dans la montée. Martin est venu tester son matériel. Il connait déjà toutes les étapes du Westweg pour les avoir faites individuellement mais il hésite encore à se lancer pour réaliser le parcours en intégralité. Il connait le chemin par coeur, là, il y a une source, demain, une longue tirée sans eau, ici, une cabane... Je le recroise un peu avant le Schiffkopf. Lui, il redescend vers sa voiture, pas trop content de ses nouvelles chaussures ! J'espère pour lui qu'il osera un jour à se lancer...

Dans la longue descente après le Schiffkopf, j'ai bien du mal à trouver un endroit plat où poser la tente. La journée a été longue et la Schwaberrank Hütte me tend les bras. Je dormirai donc sur les basflancs.

 

 

A peine installé, une jeune randonneuse arrive. Elle aussi cherche un coin pour la nuit. Elle n'est pas surprise de me trouver là. Elle a rencontré Martin qui lui a dit qu'un français était devant. C'est Lucile, une française qui habite et travaille à Fribourg. On passe un bon moment à discuter. Elle avait déjà repéré ma tente, la nuit dernière. Elle connait bien la Forêt Noire et bien qu'elle ait une tente, elle a choisi de dormir à la belle ou dans les huttes. Mais cette cabane est un peu petite pour deux, elle continue donc à la recherche d'un autre coin.

Les jours suivants, on se reverra plusieurs fois, sur un banc, autour d'un point d'eau, d'un point de vue... A chaque fois, on fait une petite causette et puis, l'un ou l'autre part le premier. Et c'est bien comme ça.